L’image corporelle et l’alimentation chez les jeunes

L’image corporelle et l’alimentation chez les jeunes

Par Isabelle Ménard, Dt.P.

«Plus de 60 % des filles évitent de pratiquer certaines activités parce qu’elles ont une
perception négative de leur apparence.»1

«63 % des jeunes filles préfèreraient être mannequin d’un magazine pour hommes plutôt que docteure, institutrice ou infirmière. »1

  «Au Québec, la vaste majorité des élèves (71%) tentent de modifier leur poids : 34% essaient de le contrôler, 25% essaient d’en perdre et 12% tentent d’en gagner.»2

L’image corporelle et le rapport à l’alimentation débutent très tôt dans le développement. L’insatisfaction de son apparence physique et les aliments interdits contribuent à de nombreux problèmes d’ordre psychologique et au  »syndrome » des régimes yoyo. Voici quelques pistes afin d’inculquer une estime de soi positive et une saine alimentation a vos enfants.

Mettez la table : Favorisez une relation saine avec l’alimentation

  1. Réfléchissez sur votre propre relation avec la nourriture et comment elle se traduit par vos actions. Tout comme la perception de votre corps, votre relation avec la nourriture transparait dans l’éducation de vos enfants. Percevez-vous certains aliments comme mauvais? Jeunes, aviez-vous des interdits que vous jouissez maintenant comme récompense? Mangez-vous léger après un repas très copieux pour ‘’ré-équilibrer’’ la journée? Mangez-vous lorsque vous êtes stressé(e) ou ennuyé(e)? Une bonne compréhension de votre relation avec la nourriture permet d’être un meilleur modèle. Vos expériences sont également enrichissantes pour votre jeune lorsque vous aborderez le sujet de la nutrition.

 

  1. Offrez un horaire alimentaire stable. Les enfants ont des besoins plus élevés que les adultes considérant leur petite taille, afin de croître et prendre du poids de façon adéquate. Il n’est donc pas étonnant qu’ils aient toujours faim! Des recherches ont démontré que des enfants de 3 à 5 ans mangent environ 4 à 5 fois par jour lorsqu’ils sont laissés libres de manger quand ils le veulent.
    • Offrez-leur 3 repas par jour et 3 collations selon l’horaire familiale.
    • Exigez que tous les repas et collations soient pris à table, sans distraction comme la télévision ou l’ordinateur.

 

  1. Présentez une variété d’aliments de façon neutre. Tous les aliments font partie d’une alimentation saine que ce soit pour les adultes ou les enfants. Bien entendu, il est préférable d’offrir certains aliments qu’occasionnellement. Mais au-delà de la fréquence dont vous offrez ces aliments, c’est davantage la façon dont vous présentez ces aliments qui importe.
  • N’utilisez pas la nourriture comme récompense ou punition. Il est important d’éviter de mettre certains aliments sur un pied d’estade en les limitant. L’interdit les rend plus importants et attrayants aux yeux de l’enfant comme l’adulte.
  • Si votre enfant n’aime pas certains aliments, continuez de lui présenter dans son assiette avec d’autres qu’il préfère. Acceptez qu’il ne le mange pas sans commenter et félicitez-le lorsqu’il lui goûte. Soyez patients!
  • Si votre enfant ne termine pas son assiette, offrez-lui tout de même du dessert s’il était au menu ce repas-là, comme aux autres membres de la famille.
  • Offrez les mêmes aliments à toute la famille, peu importe leur taille ou leur âge.

 

  1. Laissez votre enfant décider des quantités qu’il consomme. Tout comme le nourrisson qui mange à sa faim au sein de sa mère, les enfants sont très bons pour réguler leurs apports alimentaires. En effet, des recherches ont démontré que les apports des enfants de 3 à 5 ans peut varier jusqu’à 40% d’un repas à l’autre lorsqu’ils sont laissés libres de manger quand ils le désirent, mais seulement de 10% d’une journée à l’autre.
  • Après 20 minutes à table, retirez l’assiette de votre enfant s’il ne mange plus.
  • Si votre enfant a encore faim, redonnez-lui une portion de tous les aliments dans les mêmes proportions plutôt que seulement son aliment favori.
  • N’oubliez pas : Faites confiance à votre enfant! S’il ne mange pas beaucoup à un repas, il se reprendra à la collation ou au prochain repas. N’ayez pas peur qu’il manque de nutriments. Après tout, c’est à vous de décider le contenu des prochains repas!

 

  1. Impliquez-le dans la cuisine et son alimentation. Les enfants qui participent à leur alimentation sont plus enclins d’essayer de nouveaux aliments.
  • Allez au marché avec votre enfant et faites-le choisir un légume ou un fruit nouveau que vous préparerez ensemble.
  • Impliquez-le dans la préparation des recettes.
  • Explorez avec lui la provenance des aliments : cueillez des petits fruits l’été, des citrouilles ou tomates à l’automne, visitez des fermes fromagères l’hiver, allez à la cabane à sucre au printemps, etc.

 

  1. Discutez de l’alimentation avec votre jeune. Tout comme l’apparence physique, il est important de discuter avec les enfants plus vieux de leur vision de la nutrition et des régimes. Explorez avec lui ses expériences et perceptions sans jugement, en mettant l’emphase sur l’équilibre entre le bien-être physique et émotionnel qu’apportent les aliments.
  • Abordez les régimes à la mode avec votre enfant et expliquez-lui les bienfaits d’une alimentation équilibrée, tant au niveau physique que psychologique.
  • Ne laissez jamais sous-entendre à votre jeune qu’il devrait surveiller son poids, peu importe sa taille. Si des changements sont indiqués selon avis médical, faites-les en famille. Un enfant ou adolescent ne devrait jamais ‘’être au régime!’’.

Votre enfant est difficile ou n’a pas de fond? Mange-t-il tout le temps ou se cache pour manger?

Le difficile ou le capricieux L’enfant qui mange tout le temps
1.       Soyez patients et présentez les aliments de façon chaleureuse mais neutre. Il faut parfois jusqu’à 20 fois pour qu’un enfant ne considère plus les aliments comme nouveaux.2.      Choisissez un aliment et offrez-en lui sans rien dire. S’il se fâche, expliquez-lui que l’aliment est là mais qu’il n’est pas obligé d’y toucher. S’il refuse de manger son repas en entier, enlevez-lui son assiette après 20 minutes à table et ne lui offrez pas d’autres options. Offrez-lui sa collation nutritive tel que l’horaire usuel.

3.      Lorsque votre enfant commence à être à l’aise avec l’aliment, proposez-lui de le toucher et le mettre dans sa bouche en lui expliquant qu’il peut le recracher. Cela le rassure qu’il peut explorer les aliments sans être inquiet.  Répétez l’exercice jusqu’à ce qu’il  apprécie l’aliment

 

 

1.       Respectez l’horaire alimentaire et soyez réguliers!2.       Expliquez à votre enfant que s’il a faim, il sera nourri, mais qu’il devra demander à l’adulte plutôt que de se servir lui-même.  Les collations et repas devront également être pris à table.

3.      Lorsqu’il a faim malgré avoir bien mangé très peu de temps avant, essayez ce test de grignotage : rassurez-le que vous lui donnerai quelque chose tout à l’heure mais qu’en attendant vous ferez une de ses activités préférées. S’il vous reparle de sa faim après quelques minutes de jeu ou n’est pas enthousiaste, c’est probablement parce qu’il s’agit d’une vrai faim et non seulement d’une réaction à l’ennui ou le stress.

4.      Lorsqu’il a réellement faim, présentez-lui une collation équilibrée ou des restes du souper.

 

Le cachotier L’enfant qui n’a pas de fond
1.       Redonnez-lui la liberté totale de manger tout ce qu’il veut devant vous. N’ayez pas peur des répercussions sur son poids ou sa santé à court terme. Son état émotionnel est plus important et c’est celui-ci qui risque d’avoir des conséquences majeures à long terme.2.       Présentez-lui l’aliment interdit en même temps que le reste du repas, à chaque jour. Il risque de ne manger que cet aliment au repas le premier jour mais peu à peu, il mangera de moins en moins et se tournera vers les aliments plus nutritifs.

3.       Si l’interdit vient d’ailleurs, jouez au détective afin d’en comprendre la cause. Évitez de le confronter directement car cela pour accentuer le problème.

1.       Contrôlez la qualité de l’alimentation de votre enfant et laissez-lui le soin d’en contrôler la quantité.2.       Lorsqu’il a faim en plus des repas et collations prévus à l’horaire, donnez-lui une collation légère qui ne lui coupera pas l’appétit mais le calmera temporairement comme des concombres ou des fruits.

3.       S’il a encore faim aux repas, resservez-lui une deuxième assiette en gardant les proportions de tous les aliments.

 

 

 

 

Ayez du poids : Soyez un modèle d’estime de soi positif

L’image corporelle se définit comme la perception qu’une personne a de son corps et ce qu’elle croit que les autres perçoivent d’elle. Une estime de soi positive se traduit par le fait de voir son corps tel qu’il est et l’accepter, apprécier ses habiletés propres, avoir confiance en son corps et ses capacités, se traiter avec soin et reconnaître que l’apparence physique ne définit pas la personne que l’on est. L’image corporelle est en changement continuelle et elle est modifiée par de nombreuses influences.

  1. Réfléchissez à votre propre estime de soi et comment elle transparait au quotidien. Par exemple, vous pesez-vous plus d’une fois par semaine ? Comment cela affecte-il votre humeur, le contenu de vos repas ou vos activités ? Songez également à comment votre estime de soi influence vos actions.
  • Acceptez les compliments que vous recevez, sans répliquer et sans insister sur une imperfection ou un défaut physique.
  • Démontrez par votre exemple que la taille ou l’apparence ne limite pas les activités que l’on peut faire.
  • Évoquez des qualités plutôt que l’apparence physique lorsque vous décrivez quelqu’un, évitez particulièrement de dire «gros» ou «laid».
  • Évitez de vous peser régulièrement devant vos jeunes.
  • Évitez de vous regarder dans le miroir en soupirant.
  1. Aidez vos jeunes à construire une estime de soi positive en les complimentant sur différents aspects de leur personnalité. Soyez le plus spécifique possible, en mettant l’accent sur des comportements et actions que vous avez aimez :
  • « J’ai vu comme tu as été gentille avec ta sœur même si tu n’avais pas vraiment envie de jouer avec elle. »
  • « La manière dont tu as raconté cette histoire était trop drôle ! »
  • « Ta façon de te coiffer est toujours très originale! »
  1. Discutez de l’image corporelle avec vos jeunes. Comme il n’est pas toujours facile d’aborder ces sujets délicats, voici quelques pistes pour initier la conversation :
  • Regardez des magazines avec votre jeune et demandez lui ce qui lui plaît chez les célébrités. Écoutez le avec la plus grande ouverture d’esprit. Expliquez lui que ces images sexy et glamour prennent des heures à créer et qu’il n’y a rien de plus séduisant qu’une personne bien dans sa peau et pleine d’énergie et d’entrain pour les activités qui la passionne.
  • Commentez sur la beauté de la diversité de votre jeune et ses ami(e)s. Par exemple « Emma est grande et elle le porte bien, tu ne trouves pas ? Vous êtes trop mignonnes lorsque vous êtes ensemble, elle tout en longueur, toi plus petite, mais aux courbes si jolies !… Et Cathy, elle est vraiment charmante avec son sourire enjoué, n’est-ce pas ? »1
  • Profitez de la réponse de votre jeune à vos compliments pour mieux comprendre ses préoccupations et les adresser.

  «Plus de 50 % des jeunes filles âgées entre 11 à 15 ans déclarent que ce sont leur mère qui les aide le plus lorsqu’elles ont un problème. »1

Références

  1. Guide de discussion sur l’estime de soi à l’intention des mères de jeunes filles âgées de 11 à 16 ans. (2012) Dove projet pour l’estime de soi. Accessible en version pdf : http://www.dove.ca/fr/docs/pdf/Discussion-Guide-for-Mothers-11-16yrs-FR.pdf
  2. Guide d’activités sur l’estime de soi pour les mères et leurs filles de 8 à 11 ans. (2012) Dove projet pour l’estime de soi. Accessible en version pdf : http://www.dove.ca/fr/docs/pdf/DSEF%20Activity%20Guide%20for%20Mothers%208-11_FRENCH_Final.pdf
  3. Manger, un jeu d’enfant. (2008) Guylaine Guevremont et Marie-Claude Lortie. Les éditions de La Presse.
  4. Miroir, miroir, je n’aime pas mon corps! (2007) Nadia Gagnier. Les éditions de la presse.
  5. Votre influence a du poids. Équilibre. Accessible en version pdf : http://www.equilibre.ca/uploads/publication/27-brochure-equilibre.pdf