Les médecins en faveur d’une réorganisation de l’omnipratique

Les médecins en faveur d’une réorganisation de l’omnipratique

PAR ANNE HÉBERT LE 19 JANVIER 2011
–> article publié dans l’Actualité médicale, le journal des médecins francophones.

Trois médecins sur quatre estiment que la profession de médecin de famille doit être repensée. C’est ce qui ressort du sondage effectué dans le cadre de notre article «Qu’arriverait-il… s’il n’y avait plus de médecins de famille».

En effet, 43 % des votants pensent, qu’en 2011, un médecin ne devrait pas effectuer des gestes techniques simples tels que la vaccination.

En outre, 32 % sont favorables au partage du diagnostic médical avec d’autres professionnels de la santé formés en conséquence. Plusieurs commentaires démontrent d’ailleurs une réelle volonté de collaborer davantage avec les infirmières: «S’associer à d’autres professionnels comme les infirmières cliniciennes garantirait plus d’efficacité auprès des clientèles vulnérables», explique la Dre Marie-Claude racine.

Pour le Dr Jean-Claude Tremblay, l’interdisciplinarité n’est pas une solution nouvelle et elle devrait être pratiquée à plus grande échelle. Il témoigne de son expérience positive: «Dans une région éloignée au début des années 80, pour survivre à la lourdeur de leur tâche, les médecins avaient formé les infirmières de l’urgence à poser des gestes médicaux qui en auraient scandalisé plus d’un. Pourtant, elles le faisaient très bien et, j’oserais même dire mieux que certains confrères un peu trop pressés. Je conçois donc facilement que beaucoup de nos actes puissent être très bien effectués par d’autres professionnels de la santé. En outre, je pense que l’entente FMOQ-MSSS qui prévoit l’obligation pour un individu de s’inscrire auprès d’un médecin de famille a créé un engorgement de travail parce qu’une bonne proportion de gens n’ont pas besoin d’être vus par un médecin s’ils n’ont pas de problème de santé ni d’antécédents le justifiant. Quant à ceux qui ont un problème de santé, lorsque celui-ci est bien contrôlé (diabète, hypertension…), ils peuvent être suivis par un autre professionnel.»

Le Dr Giles Labrecque va même jusqu’à préconiser un ratio de une infirmière pour un médecin: «Le volet prévention primaire et le suivi systématique de certains paramètres (poids, habitudes alimentaires, etc.) pourraient être exécutés par l’infirmière et le volet diagnostic et traitement par le médecin.»

Pour d’autres, l’interdisciplinarité est à favoriser mais la solution réside avant tout dans la modification du système de rémunération: «Tous les niveaux de soins sont concernés par un problème d’organisation, de l’infirmière au plus grand spécialiste. Si chaque infirmière, chaque médecin de famille, chaque spécialiste acceptait de se forcer et de donner la pleine mesure dans son champ de compétence sans se soucier de la “paie”, bien des problèmes seraient résolus.

Hélas, le système de rémunération actuel ne valorise pas monétairement la prise en charge de malades lourds. Il encourage plutôt la médecine de débit et de “cas faciles” qui souvent pourraient être traités par d’autres à moindre coût», est convaincu le Dr Michel drolet.

Beaucoup évoquée, l’interdisciplinarité ne fait pourtant pas l’unanimité. Certains médecins se montrant sceptiques à son égard, soit pour des raisons de coût, soit par crainte de déléguer: «Prescrire une crème pour une dermite simple, n’est aussi simple qu’on le pense», souligne Pierre Ricard, dermatologue retraité. Plutôt que déléguer, «outiller adéquatement les médecins de famille pour effectuer la prise en charge et le suivi sera plus profitable», affirme Jacques Desroches.

En fait, seulement 4 % des votants sont convaincus que la pratique actuelle est parfaitement adaptée aux besoins des patients.

Le Dr Pierre-Hugues Blanchard fait partie de ceux-là: «Le but est d’offrir le meilleur travail possible pour le moins cher possible. À ce titre, on ne m’a jamais encore démontré que le travail des médecins de famille en cabinet n’était pas rentable.»



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